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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 12:33

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J'ai fait cahoter sur les collines du temps
Le chariot de ma folie que ta rouille ronge.
Ai-je assez goûté de vinaigre à ton éponge
Pour que ton nom m'éclabousse éternellement ?

J'ai brûlé mes joies à l'âtre de l'expérience
Et traqué mes perplexités le long des routes.
J'ai tenté longtemps d'étrangler sans bruit mes doutes
De peur de hâter les agonies du silence.

Je me suis nourri de l'amande douce des jours durs
Sous des frondaisons frémissantes de défaites.
Si quelqu'un disait ton nom, je hochais la tête
De peur que soit deviné mon profond désir.

J'ai enterré dans mon corps dévoré de teigne
Ce coeur que tu fis pour que rien ne l'apaisât.
J'ai, dans le trèfle, étouffé les cris de mes pas
De peur que trop tôt mon impatience t'atteigne.

C'est en me dérobant à toi que je t'épiais
Comme on guette, dans les broussailles, des bécasses.
J'ai toujours haussé les épaules devant tes grâces
De peur que l'intensité de ma soif t'effraie.

Quand je n'ai plus pu me passer de ton visage
J'ai vagabondé de site en site sans but.
À force d'indifférence j'ai reconnu
Ma nudité sous les textes du paysage.

[...]
Je me suis assis dans les ruines de ma vie
Sans souci d'être hébergé par d'autres que toi.
Si tu n'avais pas été mon passé déjà
Te saluerais-je à cette heure avec un tel cri ?

Jean Grosjean, Fils de l'homme, Gallimard, 1953.

 

 

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